Le Bestiaire  — Archives du Futur

Au croisement du surréalisme et de la technologie, le bestiaire “Post Natural History” imagine l’évolution possible du monde vivant après Darwin. Comme un cabinet de curiosités du futur, les photographies révèlent une collection d’espèces en voie d’apparition : un paon à l’exosquelette en argent serti de diamants, une libellule au fragile abdomen de verre doté d’un capteur luminescent qui mesure la qualité de l’air, un scarabée au GPS intégré dans son antenne métallique… Gravées sur une plaque en laiton, des explications «scientifiques» légendent les images, renforçant paradoxalement tant la réalité que la fiction contenues dans ces photographies. D’une beauté à la fois étrange et familière, ce bestiaire poétique et sensible interroge notre relation à la nature et à la technologie.

Mélangeant Histoire et anticipation, mémoire et science-fiction, le projet «Post Natural History» comporte 3 cycles : les Fleurs de Chair — reflexion sur l’idée de chair artificielle, le bestiaire fantastique et technologique — projection d’une nature re programmée par l’Homme d’après la biologie synthétique et la cybernétique, et le cœur indestructible en or et gemmes — premier prototype d’un organe hybride conçu aussi comme un bijou. La technologie après avoir été une extension du corps rentre désormais à l’intérieur du corps.

Post Natural History — Bestiaire surréaliste du Futur

Texte : Etaïnn Zwer pour Usbek & Rica #16 – Octobre 2016

La ville de Brasília, les mythes de l’exploration spatiale, les robots androïdes… Poétiques et méticuleux, les clichés de Vincent Fournier témoignent de la part de rêve et de mystère que les utopies scientifiques et technologiques font résonner dans l’imaginaire collectif (voir sa série « Space Project » publiée dans Usbek & Rica n° 4, ndlr). Avec « Post Natural History », jouant les docteurs Moreau, il met en scène une collection de créatures « en voie d’apparition » : insectes, animaux et plantes hybrides, imaginés au croisement de la biologie synthétique et de la cybernétique, et présentés sous forme de planches encyclopédiques. En parcourant ce cabinet de curiosités, on observe un ibis aux pattes de métal résistant à des températures extrêmes, une libellule au fragile abdomen de verre dans lequel un capteur luminescent mesure le taux de pollution, un scarabée pourvu d’un GPS intégré dans son antenne métallique ; plus loin, une « fleur de chair » – sculpturesquelette en impression 3D, faite de chair de synthèse – et de curieux organes dont un « coeur incassable » en or qui s’auto-régénère, promesse de vie éternelle, et un cerveau artificiel à vocation télépathique. Saisissant, et troublant… Jusqu’aux cartels « scientifiques », gravés sur des plaques en laiton, qui décrivent les particularités de ces « néo-êtres » et renforcent le réalisme autant que la dimension fantasque des images. Ces espèces pourraient-elles exister dans le futur ? Mêlant histoire, présent et anticipation, recherche esthétique et réflexion sur la relation entre nature et technologie, imaginaire et possible, ce muséum d’histoire potentielle a la beauté bizarre des songes. Fiction spéculative, il pose la question de l’évolution du monde vivant et des limites de notre humanité, appelée à devoir s’adapter à un environnement – inconnu, forcément inédit, hostile peut-être – où les technosciences ne seront plus seulement une extension du corps mais une véritable donnée intime. Bienvenue dans la vie « post-nature ».

 

The Bestiary— Archaeoloy of the Future

The Post Natural History project shows the archives of an imagined future caught between memory and projection where science, technology and living organisms have all intersected to create a handful of ultra-developed species with highly technological capabilities.

Based on conversations with synthetic biology specialists and presented with the aesthetic of encyclopedic boards these “upcoming living species” are familiar yet strange. Indeed, we “know” the rabbit or the lizard, but upon closer inspection, we realize certain differences. For example, the dragonfly possesses a transparent glass belly in which a luminescent sensor measures the rate of pollution.

Just like the bestiaries of origin from the Middle Age that were mixing the fantastic with the real, this imaginary archive is a mirror for our hope, fear, and phantasms about the unknown. These surrealistic species are classified by alphabetical order with captions describing their new traits. My inspirations come from old illustrations, painting, poesy, myths and scientific facts.