Man Machine 

Le projet “The Man Machine” pose la question d’une évolution possible des créatures artificielles, robots et autres avatars, dans notre vie quotidienne. Avec le soutien de plusieurs laboratoires en robotique humanoïde j’ai mis en scène des “fictions spéculatives” qui montrent des instantanés de tous les jours où le robot apparaît au même titre qu’un humain. Mes photographies sont des reconstitutions réalistes de scènes ordinaires : au travail, à la maison, dans la rue, pendant des loisirs…

Les situations suggèrent à la fois une empathie avec le robot et en même temps une certaine mise à distance. J’ai cherché ainsi à créer un équilibre entre le spectateur et le robot, entre un processus d’identification et de distanciation. On retrouve cette idée dans la théorie scientifique «la vallée de l’étrange» du roboticien japonais Masahiro Mori, selon laquelle plus un robot androïde est similaire à un être humain, plus ses imperfections nous paraissent monstrueuses.

 Pour ce projet je me suis inspiré de la théorie du roboticien japonais Mori sur la «vallée de l’étrange». Il s’agit d’un schéma avec en abscisse le degré de ressemblance entre robot et humain et en ordonné le degré de sympathie/empathie entre le robot et l’humain. Cette théorie montre une courbe, qui globalement traduit l’idée que plus le robot ressemble à un être humain plus ce dernier éprouve de la sympathie, de l’empathie. Cette courbe est comme une montagne qui monte, puis chute terriblement vers « la vallée de l’étrange », où soudainement le robot devient un monstre que l’on rejette. Sans doute sa perfection nous renvoie à nos défauts, où alors nous nous sentons menacé, comme s’il allait prendre notre place, un peu comme dans les récits de doubles qui sont parfois des signes de mort. Ensuite lorsque le degré de ressemblance entre l’humain et le robot atteint la perfection, c’est à dire qu’on ne fait plus de différence, alors la courbe remonte et l’humain est alors en parfaite harmonie avec le robot. On franchit la vallée de l’étrange!

Je vois un lien entre cette théorie de Mori sur “vallée de l’étrange” et le thème développé par Freud sur la notion “d’inquiétante étrangeté”.  Freud raconte cette histoire où un jour se trouvant dans le wagon d’un train il se surprend à regarder son reflet dans une vitre et éprouve alors une certaine confusion mêlée d’inquiétude. Il voit d’abord un étranger puis se rend compte qu’il s’agit de son reflet. C’est lui et ça n’est pas lui… Dans les deux cas, «vallée de l’étrange» et «inquiétante étrangeté» il s’agit d’une peur causée par une réalité devenue trouble. Sur ce concept Freud écrit « L’un des procédés les plus sûrs pour évoquer facilement l’inquiétante étrangeté est de laisser le lecteur douter de ce qu’une certaine personne qu’on lui présente soit un être vivant ou bien un automate.(…) E. T. A. Hoffmann, à diverses reprises, s’est servi avec succès de cette manœuvre psychologique dans ses Contes fantastiques. » En effet dans ce conte le narrateur tombe amoureux d’une femme, Olympia, dont il se rend compte qu’elle est en fait un automate. .. Ce qui était sympathique se transforme en inquiétant, troublant… A travers cette histoire d’automate, donc l’ancêtre du robot, on retrouve cette idée de ressemblance sympathique, puis de dissemblance “monstrueuse » comme dans la « vallée de l’étrange ».

 J’ai donc utilisé ces notions pour créer des situations, toujours en équilibre, un peu précaire entre deux polarités, comme une planche à bascule, entre d’un côté une certaine identification et de l’autre côté une certaine distanciation. Pour ce travail j’ai beaucoup travaillé avec des laboratoires japonais.

 J’ai également réalisé un petit film qui joue de cette ambiguité où les robots deviennent de plus en plus humains, et les humains deviennent de plus en plus comme des robots, reprenant la formule de Hiroshi Ishiguro, célèbre roboticien.

 Par ailleurs sur la perception que nous avons des robots humanoïdes , il est intéressant de constater  l’approche très différente entre l’asie et l’Europe. Dans notre culture on retrouve globalement le même type de scénario : le créateur démiurge, un artiste, artisan, ou scientifique, crée la vie à partie de l’inanimé, et cette créature nouvelle, le golem, frankeinstein… finit par se rebeller contre son créateur. Tandis qu’au japon, où les choses inanimées peuvent avoir un esprit, c’est l’animisme de certaines religions, et bien les robots apparaissent comme des sauveurs, ils viennent aider les gens au lieu de finalement les détruire. Ceci pourrait s’expliquer notamment par le fait que ces deux cultures sont fondées sur deux religions différentes : Bouddhisme et Shintoïsme d’un côté, Christianisme et Judaïsme de l’autre.

Man Machine

In an influential 1970 essay, a robotics professor at the Tokyo Institute of Technology defined “Uncanny Valley” as “the relation between the human likeness of an entity and the perceiver’s affinity for it.” When robots approach the point of convincing us they’re real people, but don’t quite reach it, we tend to find the experience of looking at them deeply unsettling, Masahiro Mori argues.

Since humanoid robots are made in our own image, we tend to look for ways to relate to them, but our psychological response can shift from empathy to revulsion when they fail to attain a truly lifelike appearance. As the field of robotics continues to advance, observing each new achievement by research and development firms like the Eindhoven Institute of Technology can make us feel like we’re sliding deeper and deeper into that valley, even if we put aside our concerns about the potential for artificial intelligence to become a serious threat to humanity.

We already have robot cleanerspets, nannies, and butlers, albeit crude ones that don’t quite trigger this seemingly instinctive response. But with convincing humanoid robots just around the corner, what will it take to get past our unease? Artist Vincent Fournier explores the tension between our fascination and fear of robots with “The Man Machine,” a photographic series attempting to make various robots seem more human.

Fournier suggests that the real trouble will come if robots seem like they’re better at everything than we are, making us feel threatened that they might eventually take our places in every way imaginable. But when the robots are humanized, even perhaps a little flawed, we feel more comfortable, crossing “the valley of the strange.”

“I used these notions to create situations, always in balance, a little precarious between two polarities, like a rocking board, between a certain identification on one hand and a certain distance in the other,” says the artist. “For this work I worked a lot with Japanese laboratories. I also made a little film that plays on this ambiguity where robots become more and more human, and humans become more and more like robots, taking the formula of Hiroshi Ishiguro, a famous roboticist.”

 

 

The Man Machine project is a reflection on how artificial creatures such as robots or other avatars can evolve in our day-to-day life. For this speculative fiction series I staged several humanoid robots in realistic reconstructions of usual domestic scenes: at work, at home, in the streets, during leisure… Situations suggest both empathy and detachment towards the robot.

My aim was to create a balance between the spectator and the robot, between a process of identification and distance. We find this idea in the “the Uncanny Valley ” – a scientific theory elaborated by the Japanese roboticist Masahiro Mori which states that the more a robot resembles a human being, the more its imperfections seem monstruous to us. The current development of these artificial creatures in our society brings fascination but also the frightening issue of the social acceptance of these changes.