MAGAZINE POLKA
DES FLEURS AU FIRMAMANT
LIVRE “PRIMAT SIDERA” ÉDITIONS FILIGRANES
Texte de Joseph Kohler
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Certains cultivent leur jardin à coups de binette, les grands artistes, eux, y font pousser leur créativité. À l’instar d’un Don McCullin ou d’un Jean-Claude Gautrand, qui, au crépuscule de leur vie, ont tourné leurs appareils vers des horizons horticoles. Pour d’autres, le végétal s’inscrit d’emblée sur la plaque photosensible : Edward Steichen, né en 1879, est l’un des pionniers du style. Chez Vincent Fournier, né en 1970, le jardin devient le substrat d’une flore fantasmée. Ces travaux menés à près d’un siècle d’écart dialoguent aujourd’hui à travers deux livres intrigants. (…)
Pour Vincent Fournier, passé maître dans l’invention d’uchronies, la plante est le germe du récit alternatif de Primat Sidera. C’est sur une planète analogue à la Terre, qui serait née de sa cuisse, que les conditions climatiques auraient fait muter la flore. Univers de science-fiction donc, mais à raconter au conditionnel : toutes les hybridations décrites reposent sur des recherches menées auprès de scientifiques, et sont donc plausibles. Le « haricot gyroscopique », rendu extrêmement ondulatoire par la gravité, donne à la planche des airs de peinture de Georgia O’Keeffe. Pendant que « l’artichaut-du-multivers », par son architecture ordonnée, pourrait faire office d’habitation pour les peuples de galaxies lointaines. Si le livre se présente sous un format souple, la maquette respecte l’art noble de l’herbier, avec ses chiffres romains, sa nomenclature latine et la photo — entre prise de vue réelle et postproduction 3D — toujours sur la belle page, celle de droite. À partir de l’écosystème réel du Domaine des étangs, où Vincent Fournier a mené ce projet en 2025, chaque plante trouve son double fictionnel. Une version augmentée aux couleurs artificielles, sous engrais de poussière d’étoile, qui change la botanique encyclopédique en aventure extraterrestre.
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