Flora incognita
Herbier Astrobotanique
“Imaginez un monde parallèle, proche de notre Terre, mais où le règne végétal aurait évolué de manière tout à fait différente. Dans cet univers alternatif, celui des exoplanètes potentiellement habitables, les plantes trouvent leur double astrobotanique façonné par d’autres forces magnétiques, gravitationnelles ou atmosphériques. Flora incognita est la nouvelle uchronie proposée par Vincent Fournier, un herbier spéculatif dédié aux formes possibles du végétal, à la croisée de l’art et de la botanique.
Avec la complicité de scientifiques du Muséum national d’Histoire naturelle, l’artiste ancre la fiction dans le réel. Ainsi au printemps 2025, au Domaine des Étangs (Limousin), il transpose les végétaux locaux sur l’exoplanète Prima sidera pour imaginer leur évolution.
Revisité par les technologies 3D, l’herbier encyclopédique atteint une précision photographique inédite, dans la lignée des grandes iconographies naturalistes, d’Anna Atkins à Karl Blossfeldt.
Flora incognita interroge en images les formes possibles du vivant. Miroir de notre monde, ce projet évoque nos origines et nos métamorphoses, tout en questionnant notre lien à une biodiversité actuellement bouleversée. Une démarche à la fois singulière et visionnaire.”
Émilie Traverse
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L’exobiologie spéculative, miroir de notre monde
Jean-Sébastien Steyer, Paléontologue au Muséum national
d’Histoire naturelle (CNRS), spécialiste d’exobiologie spéculative.
L’exobiologie spéculative est une discipline entre science et art qui imagine à quoi pourrait ressembler d’éventuelles formes de vie extraterrestres. Cette discipline est apparue dès que l’humain s’est mis à contempler le ciel nocturne ; en Europe au xviie siècle avec Fontenelle, qui imaginait la Lune habitée (Entretiens sur la pluralité des mondes, 1686), ou plus tôt, au Japon avec le Conte du coupeur de bambou du xe siècle, qui raconte l’histoire d’une princesse de la Lune réfugiée sur Terre à cause d’une guerre chez elle.
Depuis, la biologie spéculative s’est fortement développée ; elle fait appel aujourd’hui aux arts, aux techniques et aux sciences (astronomie, astrophysique, biologie, paléontologie) car son but est de donner à voir d’éventuelles formes de vie que nous trouverons demain sur Mars ou ailleurs. Et comme rien n’est encore découvert tout reste possible.
Véritable miroir de notre monde, l’exobiologie spéculative permet donc de nous décentrer, de réfléchir à notre place dans l’arbre du vivant et dans l’immensité de l’univers, et de redéfinir le vivant. En extrapolant cette possible vie sur d’autres planètes, elle permet de mieux comprendre la nôtre, ses limites, son potentiel d’adaptation, et d’en contempler la beauté et la fragilité. Ainsi les travaux de Vincent Fournier questionnent-ils la définition même de la vie telle que nous la connaissons sur Terre. Ses espèces extraterrestres reflètent nos interrogations sur ce qui fait vie, entre résilience, bricolage évolutif et adaptation.
C’est de la station spatiale internationale que les astronomes évaluent le mieux l’impact de l’humain sur Terre. Par analogie, c’est en imaginant de possibles espèces extraterrestres que le biologiste spéculatif mesure la complexité du vivant sur notre planète.
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Vincent Fournier, le mystère de Flora incognita
Michel Poivert
Tous les enfants du monde connaissent Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry. Lorsque Vincent Fournier était lui-même enfant au Burkina Fasso, en Afrique, il écoutait le disque vinyle du célèbre conte dans lequel le Petit Prince découvre les formes de vie. Malheureusement, une partie du disque était rayé, et jamais il ne pu entendre correctement le chapitre consacré à la rencontre entre le héros et la fleur. Il ne pouvait alors qu’imaginer à quoi ressemblait la rose qui venait d’éclore sur la planète lointaine qu’explorait le Petit Prince.
Tout a commencé ainsi, par le besoin d’imaginer ce que les fleurs seraient si elles poussaient sur des planètes lointaines, soumises à des conditions climatiques différentes de celles que nous connaissons sur notre Terre. Une fois adulte, Vincent Fournier relut avec attention le chapitre 8 du conte de Saint Exupéry. Il s’aperçut qu’il avait transformé l’histoire dans son esprit. Les difficultés que la rose rencontrait face aux vents, et le soin que le Petit Prince avait pris en l’entourant d’un paravent, n’étaient pas l’histoire qu’il s’était inventé. Qu’avait alors imaginé l’enfant ? Que le héros avait laissé les vents puissants de la planète souffler sur la rose, et qu’elle s’était métamorphosée en une espèce inconnue.
Toutes les fleurs de l’herbier imaginaire de Vincent Fournier sont nées de cette interprétation enfantine. Comme dans Le Petit Prince, l’artiste semble venir d’un astéroïde et nous emmène dans sa découverte du monde. Dans le chapitre 15, le Petit Prince rencontre le Géographe. Il lui apprend que la fleur est éphémère, qu’elle ne résistera pas au temps, l’enfant regrette alors de l’avoir abandonnée. L’artiste est celui qui a su vaincre ce regret en inventant une collection de fleurs immortelles.
Tout peut arriver aux fleurs de Vincent Fournier. Grâce aux savants qu’il consulte, il leur impose des conditions extrêmes comme il peut s’en produire sur les exoplanètes : un monde de chaleurs et de vents puissants, de pressions atmosphériques, de courants magnétiques et de forces gravitationnelles….À partir de spécimens trouvés sur la planète Terre, l’artiste anticipe ainsi en image des éclosions éternelles.
Une collection n’existe que par la pièce qui lui manque. Vincent Fournier continue ainsi d’inventer des fleurs possibles. Mais seule la fleur inconnue qu’il imagina en écoutant Le Petit Prince, reste la véritable Flora Incognita.
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Flore d’apesanteur – Figures en miroir
Marc Jeanson, botaniste au Muséum national d’Histoire naturelle
La biodiversité actuelle ne peut s’appréhender qu’en prenant en compte sa longue histoire évolutive et la multiplicité des forces de sélection qui eurent cours sur la Terre au fil du temps. Selon les principes de la théorie de l’évolution, des mutations génétiques aléatoires créent en permanence de la diversité biologique que le phénomène de sélection naturelle crible en ne conservant que les organismes les plus adaptés à leur environnement. C’est ainsi qu’ont été façonnées les espèces vivantes avec lesquelles nous coexistons. Si les conditions de vie à la surface du globe, ces derniers millions d’années, avaient été autres, ces espèces seraient bien différentes. L’esthétique forte qui émane des oeuvres de Vincent Fournier est liée aux motifs innovants développés par des plantes soumises à un faisceau inédit de contraintes de sélection.
Cett œuvre sérielle fait écho à des collections scientifiques riches et pléthoriques comme les herbiers. Mise au point en Italie au début du XVème siècle, cette technique consiste à presser et sécher des plantes, ou des fragments de plantes, afin d’en faciliter et d’en standardiser la description. Ces spécimens sont accompagnés par diverses notes décrivant certaines de leurs caractéristiques botaniques. Ces commentaires précisent également la date et le lieu de collecte ainsi que certains attributs, dont quelques-uns, comme la couleur ou la tri dimensionnalité des échantillons, disparaissent durant le processus de préparation du matériel végétal. La profusion de ces informations fait des herbiers de véritables archives de la flore mondiale. Le travail de Fournier sur Primat sidera reprend cet aspect multiple et exhaustif propre aux millions de spécimens d’herbiers conservés de par le monde. Quatre cents ans d’accumulation de ces échantillons permettent aujourd’hui de réaliser une véritable cartographie mondiale de l’évolution des aires de distribution de centaines de milliers d’espèces de plantes. Dans plusieurs dizaines de milliers d’années, temporalité nécessaire à la fixation de nouvelles formes de vie, ces mêmes spécimens nous conteront une autre histoire en rendant visible l’évolution des plantes et l’apparition de nouvelles espèces. Alors que les conditions de vie sur notre globe se caractérisent aujourd’hui par une forte instabilité (climatique, biochimique…), il est essentiel de pouvoir anticiper les effets de ces bouleversements sur les populations de plantes. En utilisant l’exemple d’une autre planète, qui présente des conditions extrêmes de gravité, d’ensoleillement et une géologie unique, nous pouvons imaginer les effets de forces sélectives très différentes de celles que l’on peut connaître sur Terre. C’est une botanique spéculative qui se découvre dans l’œuvre de Fournier. Passionnante, elle permet d’imaginer comment les végétaux actuels pourraient évoluer dans un contexte éloigné de celui d’aujourd’hui. Elle évoque tout autant, rétrospectivement, comment se sont adaptés les végétaux de périodes géologiques antérieures, exposés à des radiations en ultraviolets bien supérieures aux niveaux actuels.
Tout en donnant à voir la beauté d’une alter évolution, la série de l’artiste produit de possibles morphologies comme autant de matières sur lesquelles projeter, aiguiser nos connaissances scientifiques terriennes. Aucun milieu connu ne peut en effet présenter des contraintes comparables à une planète aussi radicalement différente de la nôtre que Primat sidera. Eloignée dans le système solaire, elle présente des niveaux d’intensité lumineuse plus bas que ceux que connaît la Terre. Pourtant, et de façon contre-intuitive, intensité des niveaux d’énergie disponible et biodiversité n’évoluent pas toujours de façon similaire. Certains écosystèmes terrestres le prouvent. C’est le cas, par exemple, des sous-bois de forêts tropicales humides. Dans ces milieux, de nombreux facteurs sont limitants, à commencer précisément par l’intensité lumineuse qui ne correspond, dans certaines zones, qu’à 1 % de celle qui est reçue au niveau des canopées. Le botaniste français Patrick Blanc, qui a beaucoup étudié ces écosystèmes, a démontré comment, malgré ces niveaux de ressources très limités, un grand nombre d’espèces peuplent ces zones et présentent une extraordinaire diversité d’adaptations. Bien que les plantes partageant ces milieux soient soumises à des contraintes similaires, elles y répondent avec une grande variété de modèles morphologiques et physiologiques. À l’opposé, toujours en zone tropicale, les milieux ouverts sont en général des zones baignées de grandes intensités lumineuses, traduites par une biomasse importante, mais où la biodiversité est beaucoup plus restreinte. La limitation des ressources, dans certaines conditions, n’est donc pas synonyme d’une biodiversité minimale, bien au contraire.
L’approche de Vincent Fournier s’ancre dans une longue histoire commune entre la botanique et les innovations technologiques successives. La photographie fut en effet, au XIXème siècle, une révolution parmi les outils disponibles pouvant servir à la représentation du vivant. À l’instar de la désormais célèbre Anna Atkins (1799 1871), première scientifique à mettre la technique du cyanotype au service de la science, ou encore de grands photographes de la Nouvelle-Objectivité allemande comme Karl Blossfeldt (1865-1932) ou Albert Renger- Patzsch (1897-1966), Fournier bouleverse notre perception des végétaux en les donnant à voir comme personne avant lui. Les structures et les mouvements, les plis ou encore l’emphase qui caractérisent les organes des plantes représentées se justifient certes par un environnement extraterrestre unique mais évoquent aussi, dans une certaine mesure, les formes induites par certaines mutations génétiques. De tels phénomènes sont particulièrement documentés chez les plantes terrestres cultivées, les cactus et plus généralement les plantes succulentes. Ces formes tératologiques permettent de mieux comprendre certains phénomènes génétiques tout en constituant des êtres uniques très convoités par les collectionneurs. Cette double nature caractérise également le travail de Fournier, entre révélateur de variabilité et oeuvres artistiques uniques. Les images de ces “mutants” fascinent tout autant le public le moins connaisseur en botanique, du fait qu’elles parviennent à rendre tangible la notion d’homologie entre différents organes végétaux, c’est-à-dire l’origine commune de certains organes, dérivés d’une feuille, comme le carpelle, le pétale, le sépale ou la bractée… On retrouve également cette théorie dans la flore photographique de Fournier qui ajoute, à la célèbre phrase d’Alfred Russel Wallace « Modification of form is admitted to be a matter of time », une inhabituelle dimension spatiale. Primat sidera brouille le cadre humain de compréhension et d’identification. Ces appendices allogènes, effilés et contournés, sont-ils encore des pétales ou assurent-ils désormais, dans leur altérité, d’autres fonctions ? Face à cette galerie de l’étrange revient en miroir au regardeur une galaxie foisonnante, omniprésente et pourtant devenue invisible à nos yeux : la passionnante et merveilleuse histoire évolutive des plantes terrestres actuelles.
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Edition
10 + 2 épreuves d’artiste, tous formats confondus
Formats
65×90 cm / 100×140 cm
Technique
Tirage chromogène sur papier Ilfoflex, contrecollé sur dibond avec encadrement boîte américaine chêne, verre musée et plaque en laiton.
Flora incognita
The Astrobotanical Herbarium
Imagine a parallel world, close to our own Earth, but where the plant kingdom has evolved in entirely different ways. In this alternative universe — that of potentially habitable exoplanets — plants find their astrobotanical doubles, shaped by other magnetic, gravitational, and atmospheric forces. Flora incognita is the new uchronia proposed by Vincent Fournier: a speculative herbarium dedicated to the possible forms of plant life, at the crossroads of art and botany.
With the collaboration of scientists from the Muséum national d’Histoire naturelle, the artist grounds fiction in reality. In the spring of 2025, at the Domaine des Étangs in France’s Limousin region, he transposes the site’s local flora onto the exoplanet Prima sidera to imagine its evolution.
Reinterpreted through 3D technologies, this encyclopedic herbarium achieves an unprecedented photographic precision, in the lineage of great naturalist iconographies, from Anna Atkins to Karl Blossfeldt.
Flora incognita questions, through images, the possible forms of life. A mirror of our own world, this project evokes our origins and transformations while reflecting on our relationship with a biodiversity now in upheaval — a singular and visionary approach.
Émilie Traverse
Speculative Exobiology, a Mirror of Our World
Jean-Sébastien Steyer
Speculative exobiology is a discipline between science and art that imagines what possible extraterrestrial life forms might look like. It emerged as soon as humans began contemplating the night sky— in Europe in the 17th century with Fontenelle, who envisioned an inhabited Moon (Conversations on the Plurality of Worlds, 1686), or earlier still in Japan with the 10th-century Tale of the Bamboo Cutter, which recounts the story of a Moon Princess exiled to Earth because of a war on her home world. Since then, speculative biology has greatly developed; today it draws upon the arts, technology, and the sciences (astronomy, astrophysics, biology, paleontology), for its purpose is to give shape to the life forms we might one day discover on Mars or elsewhere. And since nothing has yet been found, everything remains possible.
A true mirror of our world, speculative exobiology enables us to decenter ourselves, to reflect on our place within the tree of life and in the immensity of the universe, and to redefine what it means to be alive. By extrapolating possible life on other planets, it helps us to better understand our own—its limits, its capacity for adaptation, as well as its beauty and fragility. In this way, Vincent Fournier’s work questions the very definition of Life as we know it on Earth. His extraterrestrial species embody our own inquiries into what constitutes life, navigating between resilience, evolutionary tinkering, and adaptation.
Just as it is from the International Space Station that astronomers best assess humanity’s impact on Earth, so too is it by imagining possible extraterrestrial species that the speculative biologist can gauge the complexity of life on our own planet.
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Vincent Fournier: The Mystery of Flora Incognita.
Michel Poivert
Every child in the world knows Antoine de Saint-Exupéry’s The Little Prince. When Vincent Fournier was a child himself in Burkina Faso, Africa, he used to listen to the vinyl record of the famous tale in which the Little Prince discovers various forms of life. Unfortunately, a part of the disc was scratched, and he could never properly hear the chapter dedicated to the encounter between the hero and the flower. He was left only to imagine what the rose looked like as it bloomed on the distant planet the Little Prince was exploring.
It all began this way: with the need to imagine what flowers would be if they grew on distant planets, subjected to climatic conditions different from those we know on Earth. As an adult, Vincent Fournier carefully reread Chapter 8 of Saint-Exupéry’s tale. He realized he had transformed the story in his mind. The difficulties the rose faced against the winds, and the care the Little Prince took by surrounding it with a screen, were not the story he had invented for himself. What, then, had the child imagined? That the hero had let the planet’s powerful winds blow upon the rose, and that it had metamorphosed into an unknown species.
Every flower in Vincent Fournier’s imaginary herbarium is born from this childhood interpretation. As in The Little Prince, the artist seems to arrive from an asteroid, taking us along on his discovery of the world. In Chapter 15, the Little Prince meets the Geographer, who teaches him that the flower is ephemeral—that it will not withstand the passage of time. The child then regrets having abandoned it. The artist is the one who has managed to overcome this regret by inventing a collection of immortal flowers.
Anything can happen to Vincent Fournier’s flowers. Consulting with scientists, he subjects them to extreme conditions such as those found on exoplanets: worlds of intense heat and powerful winds, atmospheric pressures, magnetic currents, and gravitational forces. Starting from specimens found on planet Earth, the artist anticipates, through his images, eternal bloomings.
A collection only truly exists through the piece it is missing. Thus, Vincent Fournier continues to invent possible flowers. Yet, only the unknown flower he imagined while listening to The Little Prince remains the true “Flora Incognita.”
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Edition
10 + 2 Artist proofs, inclusive all sizes
Format
2 formats : 65×90 cm / 25,60×35,43 inch and 80×14080 cm / 31,5×55,11 inch
Technique
Chromogenic print on Ilfoflex paper, mounted on Dibond with oak shadow box framing, museum glass, and brass plate.


















































